Ensuqué // Du LOL au local

Journaux

Exemplaires de La Tribune de Montélimar.

 Le bureau est tellement silencieux que le grincement de mon fauteuil peine à camoufler le bordel quasi-aphone de la trotteuse de l’horloge. La climatisation ne veut pas traverser le désert de la rédaction, et la chaleur s’amuse à faire perler la sueur sur chaque recoin de ma peau. Sa surface mate tourne au brillant, tant mes doses massives d’anti-transpirant s’avèrent inefficaces. Mon dos est une piscine dans laquelle j’aimerais plonger, si je n’étais pas ensuqué au point de ne plus pouvoir décoller mes cuisses trempées de ce siège à roulettes. Mes yeux commencent à piquer, assaillis par le manque de sommeil et le poids toujours plus lourd de l’air carbonisé.

C’est un mois d’août triste, dans un Sud de la France pas assez au sud, dans une rédaction où traînent les ombres de trois semblants de journalistes tentant d’assurer le contact avec l’extérieur, tout en devant rester dans un bureau fermé, aux recoins climatisés. La chaleur perce à travers chaque vitre, chaque fenêtre entrouverte, chaque dessous de porte mal isolé. Sournoisement, elle détruit toute motivation et altère violemment l’avancement du travail. Elle me pousse à consulter trop régulièrement l’heure qui ne passe jamais assez vite, à espérer la fin de cette solitude et de cette fatigue qui me transforme en larve tâchant d’appuyer sur les touches du clavier.

Un mois plus tôt, je quittais Paris. Cet après-midi où les 30° et le vieillot de mes sujets assomment mon envie de bosser, je me prends en pleines dents le contraste brutal entre la capitale au rythme cocainé et la ville de province au rythme majijuané. Je me surprends à rêver de gros bâtiments de banlieue, de titres funky et d’article légers qui font marrer les gens. Pourtant, je suis toujours ici, devant mes portraits d’entreprises innovantes et mes dossiers sur le commerce des huiles essentielles. Je m’adapte avec difficulté au grand écart entre le LOL et le local, entre la presse people et la presse régionale.