Autocaricature

Si je devais faire une caricature de mes textes, je commencerais sans doute par décrire un verre de whisky. Je parlerais de sa couleur dorée, de son apparente douceur qui se brise dans l’âpreté de sa dégustation. A travers ce verre, je pourrais m’installer dans cette atmosphère de fin des années 1950, quelque part dans un mauvais polar, où le héros ressent l’engourdissement de l’alcool, sa violence, et se noie dans une dépression à 40°. Il y aurait cette élégance du scotch, ou bien la rondeur du bourbon, cette esthétique si particulière qui entoure ceux qui s’enfoncent dans leur noirceur.
Autour du héros, le bar, lieu clé de mon univers qui s’est construit dans la contemplation des Dahlia Noir et autres films où les détectives privés finissent leur verre dans un troquet bourré de fumée. C’était l’époque des clopes qui polluaient l’atmosphère, des vapeurs de houblon et des filles en robe trop courte pour être honnête, de leurs porte-cigarettes et de leurs faux-cils ténébreux.
Flashback, retour au lever du jour. Dans ce texte, on parlerait probablement d’un café, un matin d’hiver. Il y aurait la fumée, la chaleur qui tranche avec le froid ambiant. L’amertume, le liquide sombre qui palpite au fond de la tasse fendue s’accorderaient parfaitement à cet instant de la matinée qui succède au réveil.
Dans mes textes, le réveil est omniprésent. Ce passage des songes à la réalité, du confort du lit à la dureté du monde, je le caractérise dans l’ombre qui s’estompe et laisse place à la lumière bleue du jour à travers les persiennes.
Dehors, la pluie, ou bien une bruine brumeuse, un fog londonien qui traduirait des larmes contenues, une tristesse ambiante aux origines floues comme un brouillard. L’atmosphère devient lourde, comme si la noirceur n’était pas déjà à son apogée.
De retour au bar, le héros serait assis au comptoir, un carnet nomade entre les mains, le stylo traçant sur les pages du Moleskine un récit, une mise en abîme de l’auteur qui serait alors le septième élément de mon écriture : l’alias.
Car s’il est bien une caractéristique à caricaturer dans mes lignes, c’est la présence pesante de son auteur, son dédoublement dans l’autofiction, le reflet de son intériorité dans un bourbier de lettres liées par une envie relative d’écrire un mensonge qui, au final, n’en est jamais un.