Old Crown, 1962
Bonjour les amis. Aujourd’hui, on en revient aux Polaroïds. En voici un tout nouveau, à croire que les cours d’écriture créative de la fac’ font leur effet. Bref, faisons un tour du côté du Old Crown, un soir de réveillon en 1962 (ouais c’est ambiance roman noir, vous êtes prévenus).

Los Angeles, 1962
Le Old Crown était rempli en cette nuit du 24 décembre 1962. Accoudé au bar, la tête dans les nuages de fumée, Kyle finissait son quatrième verre de bourbon. Son mal de crâne ne s’était pas résorbé avec le temps : il avait toujours cette désagréable sensation de cheveux qui lui poussaient à l’intérieur de la tête. Sur le bout de sa langue, le goût du whisky, subtil, au goût plus vraiment définissable. Ce n’était pas la première nuit que Kyle se saoulait à l’alcool de faible qualité. Il buvait quand il avait des emmerdes, et depuis quelques semaines, il en avait un paquet.
Le sachet blanc dans la doublure de sa veste lui rappelait incessamment la bêtise de ses actes, cette stupidité qui l’avait submergé et ses yeux, énormes, tellement plus gros que son ventre qu’ils allaient sortir de leurs orbites. Kyle se sentait con, et il n’avait pas si tort que ça. De l’autre côté du comptoir, un type l’observait.
« Réveillon de merde » marmonnait Kyle dans sa barbe, avant de commander un cinquième verre. Le nez dans son Martini, le mec bizarre trépignait d’impatience, les jambes tremblantes. Kyle le savait, il avait remarqué sa présence depuis bientôt 30 minutes. Il savait qu’à la seconde où il quitterait la pièce, son cadeau de Noël serait des plus sanglants. Tout ça pour un sachet tout blanc et quelques ardoises chez le dealer du coin.
Kyle se leva, plus par envie de pisser que par pulsion suicidaire, et ouvrit la porte des toilettes. L’eau coulait dans les tuyaux, percés par endroits. Hypnotisé par les gouttes qui s’écrasaient au sol, Kyle resta un instant debout, seul dans le froid de la pièce recouverte de céramique. Il s’arrêta de bouger un moment, jusqu’à ce que son oreille droite se mette à siffler. Une balle venait de passer juste à côté de sa tête.
Attrapant le sachet de cocaïne, Kyle en prit une poignée et la jeta dans les yeux du buveur de Martini. Celui-ci lâcha son 9mm silencieux dans la surprise, et se pencha pour le chercher, aveuglé par la drogue qui commençait à pénétrer ses pupilles. Toujours debout, Kyle fixait maintenant le pistolet au sol. Une fois dans ses mains, il approcha le canon de la tête de son assaillant. En pressant la détente, il murmura « Joyeux Noël », avant d’aller vider sa vessie et son cinquième verre.